Chronique n°3 – Partie 1 – Juillet 2014

Baslieux-lès-Fismes en 1824

 

Les deux premiers articles historiques que nous présentés sur le site décrivent le village de Baslieux-lès-Fismes et son environnement au vingt-et-unième siècle. Qu’en était-il autrefois ? Nous possédons le texte que M. Chalette a fait éditer en 1824 alors que le pays vit la fin du règne de Louis XVIII. Que remarqua-t-il de particulier à Baslieux les Fismes ? À quoi ressemblait le village ? Quelles étaient les ressources des habitants, comment s’organisaient-ils où logeaient-ils ? Voici retranscrit le texte dans l’orthographe de l’époque.

M. Chalette, géomètre ; Annuaire ou Almanach du Département de la Marne pour l’année 1824, imprimé à Chaulons, chez Boniez-Lambert, Imprimeur de l’École Royale d’Arts et Métiers, p. 117 et suivantes.

Baslieux-lès-Fismes
(Son nom indique assez la position à l’entrée d’une gorge étroite.)

C’est un village de 87 feux assez réunis, et de 355 âmes, situé vers le nord-est, et à trois mille mètres de Fismes. Son nom de Baslieux lui vient de son emplacement sur la pente et au pied d’une montagne vers le fond d’une vallée, large vers Fismes et se terminant par.une gorge qui se termine elle-même vers le nord-est par un ravin d’où sort un faible ruisseau.
A gauche du ravin et sous les montagnes de Glennes et de Blanzy, à sommets très-aplatis couverts de bonnes terres, la plupart limoneuses. À droite sont les montagnes de Romain et de Courlandon, n’en faisant proprement qu’une comme les deux premières ; elles sont aplaties aussi vers Romain : le sol est jaunâtre et limoneux ; vers Courlandon il est plus gris, grêveux ou pierreux. Les pentes assez rapides, vers Baslieux, sont couvertes de bosquets et surtout de vignes dont le village, assez arrondi, est presque entouré. On voit aussi au-dessous beaucoup de jardins, de chènevières divisées en très petites pièces ; des prés, des bouquets de bois, et sous les montagnes de Courlandon, des bois assez étendus, pouvant largement suffire aux besoins de la commune ; ce sont des taillis qui se coupent souvent. On y voit de forts beaux arbres. Il y a un petit moulin à eau près du village, au sud sur le ruisseau Bazin, réuni au ruisseau des Fontinettes, dont l’embouchure est dans la Vesle auprès du moulin Roland. On reconnaît encore, sous le moulin, le bassin d’un ancien étang et les restes d’une chaussée ; le tout est maintenant couvert de prés, jardins et bois. Ce moulin reçoit les eaux des trois sources principales, dont une dans le village, rue des Cours. Il a existé un autre moulin à cinq ou six cents mètres plus bas, en tirant vers le Roland ; on le nommait moulin du Ginglet. Il n’en reste aucuns vestiges. Baslieux a quelques prés sur ce ruisseau et sur le bord de la Vesle, et des prés sur le ruisseau de Sainte-Marie.
Les terres de la vallée sont productives, mais les fromens les plus estimés croissent sur les montagnes. On rencontre, dans les pentes et sur les montagnes, beaucoup de silex fin, laminé, fort transparent, tenant de la nature de l’agathe. Le territoire offre deux carrières, l’une de pierres blanches et l’autre de roches passablement dures, mais peu susceptibles de poli parce qu’elles sont formées de débris de coquillages, dont la plupart sont presque entiers ; il y en a d’huîtres. Les maisons en sont bâties ; presque toutes sont couvertes en tuiles plates ou courbes ; il y a quelques toitures en ardoises, et quelques-unes en paille. La carrière dite de Marandin est plutôt de roche que d’autre pierre, et sans coquillages ; cette roche est dure et difficile à détacher. La carrière du Groa s’exploite maintenant par Mr. Brasseur qui y trouve de bonnes pierres pas trop dures. On a tiré beaucoup de grès rouges, il y a soixante ans, au champ Lambeau, on en tire encore quelque peu. Il est très dur.
L’emplacement du village est peu uni, ses rues sont tortueuses ; l’une d’elles se nomme rue de Lorraine : on croit que des Lorrains réfugiés s’y sont établis autrefois. Il y a plusieurs sources et lavoirs dans le village même, et l’eau en est limpide et bonne pour toutes sortes d’usages.

Le vin qu’on fait à Baslieux est de médiocre qualité – (note de l’auteur : Pour la plupart ; cependant un propriétaire sait y en faire de bon en rouge et blanc, dont il tire même du mousseux vif et agréable). La plus grande partie de la récolte se consomme dans la commune ; on y plante beaucoup de légumes et surtout des pois hâtifs qui se portent en cosses à Reims. Il y en a des pièces entières. On y porte aussi des fruits rouges.

On laboure avec deux, trois ou quatre chevaux, qui sont beaux et s’élèvent dans la commune, ainsi que beaucoup de vaches, de veaux et de moutons, porcs, volailles, pigeons etc.

En 1760, les habitans de Baslieux compris dans la liste des réfractaires, aux corvées, pour n’avoir pas voiture leur contingent de pavés et de bordures sur l’atelier de Courmont, près des Votes, ont été poursuivis et se sont résignés à obéir.
L’année 1767 a été très-pluvieuse ; demande a été faite par les habitans de Baslieux à M. l’Intendant, de lever la défense faite d’entrer dans leurs grains pour les netoyer ; il les renvoyé par son ordonnance du 1er juin à se pourvoir devant les juges ordinaires. Ils ont soutenu, pendant plus d’un siècle, un procès contre leur seigneur : la Révolution le termina brusquement.

Quoique les granges des cultivateurs soient en général vastes et élevées, les récoltes en céréales sont ordinairement si abondantes en paille et en grains que plusieurs des principaux établissent, sur les montagnes voisines, des meules de gerbes de froment ou d’avoine que l’on ne rentre que dans le courant de l’hiver.

Beaucoup d’habitants coupent à la faucille le seigle, l’orge et même l’avoine qui est liée en grosses bottes : on les saupoudre avec des cendres sulfureuses qu’on recherche maintenant sur son territoire et sur celui de Fismes, au lieu d’en aller chercher au loin à grands frais. Quelques personnes font usage de plâtre. Le transport des fumiers sur la montagne, et le voiturage des grains qui y sont produits, offrent des difficultés à cause de la pente roide de plusieurs chemins ; il faut de bons chevaux et des voitures solides pour ces opérations. Les propriétés sont très-divisées à Baslieux-lès-Fismes, et les plus petits manouvriers ont peu de relâche à cause des soins qu’exigent leurs jardins, chenevières, vignes et quelques pièces de terre en larris, c’est-à-dire dans les pentes roides où la charrue ne peut être employée.

Les vignes qui couvrent plusieurs contrées, et sont à diverses expositions, sont parsemées de cerisiers dont on vend les fruits à Reims et à Fismes. il y a aussi, dans diverses parties du territoire, de beaux noyers, surtout au bas du fief, et en deservoie ou dessous voie.

Plusieurs manouvriers s’entendent pour louer en commun quelque pièce de terre, ou partie de pièce à un fermier ou à un propriétaire ; ensuite ils se la partagent, la borne, et chacun fume et laboure soigneusement son lot pour lui faire porter du chanvre ou des légumes. C’est un spectacle fort agréable à voir que les soins et l’industrie qui se développent, comme aussi les produits abondans qui en sont pour l’ordinaire la récompense.

On cultive maintenant en grand, à Baslieux, des pavots ou oeillettes, propres à faire l’huile douce ; l’exemple en a été donné, en 1818 et années suivantes, par un brave militaire qui y a bâti une jolie maison avec de grands jardins. Ces pavots atteignent cinq pieds de haut et plusieurs vont jusqu’à six. Les pétales sont d’un rose purpurin à leur naissance, lesquels se terminent par une nuance fort blanche. Les formes sont simples et forment un calice évasé ; elles donnent beaucoup de graines noires, agréables à manger. Un pichet (Not de l’auteur : un pichet est le quart du setier, mesure ancienne, et pèse, en froment, environ quinze kilogrammes ou trente-une livres), fournit au moins huit bouteilles d’huile qui se fait à Bazoches et qu’on estime plus que l’huile de navettes ou même que celle de noix, pour salade. La bouteille ou quatre cinquièmes de litre coûte un franc cinquante centimes : on l’appelle huile douce ou huile d’oeillette. (À suivre…)