Chronique n°3 – Partie 2 – Août 2014

Baslieux-lès-Fismes en 1824 – Partie 2

 

En l’année 1791, le conseil municipal, choqué des imperfections de la matrice du lieu, a délibéré, le 13 février, qu’il serait fait un arpentage général, un cadastre du territoire. Les circonstances malheureuses ont fait ajourner le projet.

L’ancien couvent des moines rouges se nomme le château.

L’air est bon à Baslieux ; les habitans, laborieux et sobres, y connaissent peu les fièvres et les maladies graves ; leur abord est communément honnête et leur commerce doux. Les jeunes gens y jouent à la paume. En l’année 1793, une maladie qui, par extraordinaire, régna à Baslieux, y fit mourir soixante personnes. On y trouve des habitans qui, quoique n’étant pas indigens, à beaucoup près, ne mangent jamais de soupe grasse, pas même au lard.

Pendant que tout le monde est encore occupé aux moissons, un habitan, (Remy Vuaflard) âgé d’environ quarante ans, surnommé le chanoine parce qu’il vivait une partie de l’année de quelques petits revenus, ayant malheureusement un peu trop lu, et plus malheureusement encore un peu trop bu, s’avisa de vouloir donner une leçon de physique expérimentale à un batteur en grange. Ce fut le 16 septembre 1784 que, vers trois heures après midi, il établit son appareil au milieu de sa cour, sur un fumier abondant et desséché. Il avait préparé un serpenteau rempli de cette infernale matière appelée poudre à tirer, et au moyen d’une loupe, il dirigea un faisceau de rayons lumineux sur l’extrémité ouverte du serpenteau, qui détonna fortement. Si la fumée du vin avait commencé à faire tourner la tête au physicien, la fumée de la poudre acheva de la lui faire perdre. Le fumier consumé rapidement, embrâsa tous les bâtimens, et le vent sec du nord aidant, l’incendie s’étendit en un clin d’oeil sur presque tout le village dénué de tout secours. Trente-cinq habitations furent la proie des flammes, tellement intenses, qu’une maison neuve isolée fut brûlée avant d’être couverte. Le couvreur travaillait à la toiture, et il n’eut que le temps de descendre pour n’être pas consumé avec les matériaux qu’il employait.

Une grosse maison, jadis couvent des Templier, et qu’on appelle aujourd’hui le château, a été en partie brûlée au mois de novembre 1814. On croit que ce fut par méchanceté ou vengeance. Cette maison, occupée dans les temps reculés par des Templiers ou moines rouges, a un colombier qui conserve encore des parties d’architecture gothiques tant à l’extérieur qu’à l’intérieur ; ç’a dû être une chapelle. Il y a de vastes clos autour. L’église actuelle de Baslieux (sous l’invocation de Saint Julien. L’usage du lieu est de planter le mai à l’entrée du cimetière, la veille de la fête de ce saint, patron de la commune) n’est séparée que par la rue; elle dépendait à ce qu’on croit du couvent. Son cimetière est soutenu, vers la rue et au levant, par des murailles. L’ancienne église paroissiale aurait été à l’autre extrémité du village, dans les environs d’une butte qu’on appelle Cimetière des Huguenots ou Cimetière des pestiférés, et qui est surmontée d’une croix, dite de Vignû; elle renferme des sépultures.

On trouve encore des fondations de maisons détruites dans plusieurs contrées du territoire.

Vers le sommet de la montagne dite de Romain, à cinq ou six cents pas au nord-est du village, sort la belle fontaine dite des Fontinettes, dont l’eau, bonne et limpide, forme dans la craie un bassin qui descend par une rigole étroite et profonde, le long d’un flanc presque à pic, et produit un bruit qui s’entend de très-loin. A chaque obstacle l’eau jaillit et bouillonne, et si de jeunes bergers s’amusent à y établir des moulinets, on croit, lorsque le soleil l’éclaire, voir jaillir d’abondantes gerbes de perles, de rubis et autres pierres précieuses, ce qui forme, avec l’accompagnement du murmure éclatant, un spectacle rare et digne de l’attention des naturalistes. Arrivées en bas, les eaux se réunissent à la source du ravin, et il en résulte un misseau qui serpente fort paisiblement et va former un jet d’eau dans un beau jardin construit tout récemment. Ce ruisseau descend enfin au moulin de Baslieux, puis au moulin Roland, sur Fismes, où il se perd dans la fosse de la Vesle. On exploite une cendrière dans le ravin des Fontinettes. Elle est à dix mètres au-dessous du sol et à huit ou neuf pieds d’épaisseurs.

Sous les larris de Monte-en-peine, le long de la limite de Fismes, Baslieux a une prairie qu’arrose le ruisseau de Sainte-Marie, abondant en écrevisses, descendant du Puisat ou Puisart. Cette prairie est entrecoupée de bosquets.

Le territoire a la forme d’un de ces cerfs-volants dont s’amusent les enfans. Sa plus grande longueur est de trois mille huit cents mètres du sud-ouest au nord-est, et sa plus grande largeur du sud-est au nord-ouest est de deux mille six cents. Par ces montagnes, dont les sommets sont applanis et fertiles comme en Normandie, il fait partie de la plaine vaste et célèbre par sa fécondité qui s’étend de Perles à Roucy, dans une longueur de quatre à cinq lieues sur une ou deux de largeur. Malgré leur élévation, ces terres limoneuses produisent d’autant mieux et d’autant plus que les années sont moins pluvieuses ; elles exigent peu d’engrais. On emploie les cendres brûlées de Ventelay, de Pont-Arcy, de Bazoches ou de Bouleuse; celles de Cuissy, qu’on va chercher aussi, sont lessivées pour en extraire le vitriol qu’elle contiennent abondamment. La cendrière du grand ravin des Fontinettes fait présumer qu’il peut en exister d’autres.