Chronique n°3 – Partie 3 – Août 2014

Baslieux-lès-Fismes en 1824 – Partie 3

 

Dans la bataille de Craonne, des corps d’armée occupaient une partie de cette plaine, et étaient peu éloignés de Baslieux où, d’ailleurs, on conserve par tradition le souvenir des combats qu’y ont présentés ou soutenus les anglais sous Edouard et autres princes, et des malheurs qui en sont résultés pour le pays.

Il y avait sur le territoire, vers Romain, un bois assez étendu, appelé Bois le Brun, qui a été détruit et brûlé en 1648 par les anglais ; il était de châtaigniers et de charmes ; il n’en reste pas un arbre : son emplacement produit de bon froment. Le bois de châtaigniers était aussi commun à Baslieux, dans ce temps, qu’il y est rare aujourd’hui. On en montre encore des poutres dans plusieurs maisons, entre’autres chez M. Brasseur-Beuglet.

Un corps d’anglais, sortant de Baslieux, et se portant vers Blanzy, a été battu par Saint Louis, qui lui a fait repasser l’Aisne avec précipitation ; mais on a su qu’il a pu se rallier, au-delà de la rivière, et que les flèches ont été échangées avec acharnement entre les deux armées pendant plusieurs heures, par-dessus cette rivière.

Il y a plusieurs années, un particulier a trouvé, vers la croix Roussin, un grain d’or massif de la grosseur d’un fort pois, dont un côté aplati portait une figure de levrette ; il l’a vendu neuf francs à Reims.

Il y a une montagne des anglais entre Romain et Courlandon, et un champ des anglais entre Baslieux et Glennes.

De bonnes gens sont encore assez superstitieux pour croire à la possibilité de donner de la vermine et de jeter des sorts. Ce sont comme partout, les bergers que l’on croit principalement doués de ce pouvoir.

Le territoire de Baslieux est borné au nord par ceux de Merval et Glennes (Aisne), vers orient par celui de Romain, au midi par ceux de Courlandon et de Fismes, dont il est séparé par la Vesle, et au couchant par celui de Fismes. La chaussée Brunehaut le traverse parallèlement à la Vesle dans un espace de plus de quinze cents mètres. C’est, comme nous l’avons dit, l’ancienne voie romaine de Reims à Soissons ou même de Sedan à Boulogne-sur-Mer. Une grande contrée de Baslieux, qui la touche, se nomme la Varenne ou Voie reine.

L’ancienne matrice portait neuf cents arpens (l’arpent est de cent douze verges, la verge longue de vingt-deux pieds de onze pouces ou six mètres cinquante-cinq centimètres) dont soixante arpens de taillis, quarante-cinq de vignes, cinquante arpens de prairies artificielles, deux cent cinquante empouillés en froment, cent cinquante en seigle, cent quinze en orge, deux cents en avoine, huit en lentilles et vesces, un en chanvre, le reste en maisons, jardins, etc. Il y a aussi quelques parties de pré et de pâturages, mais très-peu de ces derniers.

Le sol est un limon et terres rouges sur les montagnes, un fonds grêveux dans leurs contours, sablonneux dans la vallée: on y nourrit six cents moutons de race commune dont un quart métissé. On n’y élève de bestiaux que pour remplacer ceux qui périssent ou qu’on vend. Jadis il s’est trouvé dans la carrière des Fontinettes, des morceaux de cristal jaunâtre ; on n’en trouve plus. Depuis longtemps on avait fait la découverte de cendrières sulfureuses, mais peu abondantes, qu’on dédaignait d’employer. Maintenant elles sont en vogue, on recommence à creuser. Elles se trouvent, comme nous l’avons dit, dans le ravin des Fontinettes, sous des roches, et sont d’assez bonne qualité: le soufre y prédomine, et sa présence se fait sentir, surtout lorsque les masses extraites ont été exposées deux ou trois jours à l’air et au soleil.

Les habitans boivent l’eau de leurs fontaines qui ont aussi des bassins de belle eau où on lave. On ne met jamais moins de deux chevaux à une charrue.
Les vins et surtout les grains se vendent à Fismes. Soixante enfans des deux sexes fréquentent l’école en hiver.

Je ne crois pas devoir terminer mon précis sur Baslieux, sans relater un trait qui me semble rare et qui a donné lieu à un long procès-verbal dressé par ordre de M.r le juge de paix du canton. Ce juge, appelé à Baslieux le 6 mai 1814 pour vérifier si des plaintes qu’on lui adressait étaient fondées, sut qu’on venait de trouver un cadavre dans le fointier d’une maison de la rue de Lorraine. Examen fait par l’officier de santé appelé, il a été reconnu pour être celui d’une femme, et plusieurs habitans ont déclaré que c’était celui de M.-A. Housset, morte femme de Guillaume Degenne, le 2 février 1810.

Ledit Degenne appelé, a confessé l’avoir exhumée le 6 avril 1811, après avoir été pleurer sur sa fosse toutes les nuits, l’avoir réenterrée dans son jardin d’où il l’exhuma de nouveau le lendemain de la Toussaints, et la plaça, avec sa tombe, dans un lieu secret où il se plaisait à lui témoigner son attachement, à l’habiller et la parer tous les jours de fêtes. Qu’ayant été obligé de fuir lors de l’invasion, il cacha bien son trésor sous la paille ; que les alliés, après avoir brûlé les planches du cercueil avaient laissé le corps assez en évidence pour que les habitans, dans leurs recherches, l’aient trouvé. Tous ces détails ayant été reconnus exacts, M.r le juge a ordonné que le cadavre desséché, qui s’était conservé jusqu’à un certain point, fut replacé de nouveau dans le cimetière de Baslieux, au frais dudit Degenne, dont la conduite, d’après le procès-verbal, ne peut provenir que d’une tête exaltée et d’une faiblesse dans les organes …. Bien des femmes auraient probablement conclu à ce que ce bon mari fut brûlé, pour faire avaler de sa poudre à bon nombre d’autres. Il est à remarquer que Degenne s’était remarié et n’en continuait pas moins, en secret, ses visites à l’objet de son premier amour, quoiqu’il vécût bien avec la deuxième. Ce brave homme est encore existant; il est fort instruit des antiquités du pays, et en cause volontiers.

MM. de Condran étaient autrefois seigneurs de Baslieux et négligeaient de se faire payer les droits seigneuriaux ; mais quelques années avant la révolution, le seigneur de Courlandon, ayant acquis les biens de la famille Condran, voulut jouir pleinement de tous ses droits. De là, procès avec la commune où il a échoué, et la révolution a tranché la question d’appel. Les seuls droits de lods et ventes étaient de huit pour cent. Telle maison payait une poule, des pigeons etc. ; chaque arpent six deniers.

En 1811, le 31 mai, une grêle affreuse ravagea cette commune, où l’on n’a point fait de vin de la comète.

FIN